
Pour ce retour par chez nous, j’avais envie de belles montagnes, un peu marre de tourner en rond autour d’Annecy, du coup, je me décide pour une petite « reco »
au-dessus du Vieux Emosson.
J’avais plusieurs projets là-haut, repérer d’éventuels bivouacs en vue de faire le Buet sur plusieurs jours, jeter un œil sur les traces de dinosaures au-dessus du
lac, faire le Cheval Blanc, etc.
Je pars donc avec plein d’idées et aucun but précis, de plus comme personne n’était là, disponible ou en état pour venir avec moi, je me retrouvais seul et totalement libre de mon rythme et de
mes choix…
Je ne voulais pas me faire violence, partir cool, pas trop tôt et laisser filer la journée comme elle viendrait !
Evidement comme rien ne se passe jamais comme prévu, je speede le soir pour caser les gamins, faire les courses, préparer le sac, me couche trop tard, me réveille
trop tôt, me rendors.
Du coup, je suis dans le cirage, la route finit de m’anesthésier… réveil brutal, je me prends un « caillou » en rentrant sur un parking, jante pliée, pneu crevé, un peu de mécanique, histoire de
se mettre les boules de bon matin et je repars.
Enfin les brodequins sont aux pieds, mais la tête est toujours dans le cirage et je marche comme un crabe, les pieds n’ont pas leur assurance habituelle, c’est bien parti pour une journée de
m…
Je me plante à la deuxième bifurcation, fais demi-tour, c'est la misère
.
Heureusement le sentier démarre tout cool et le paysage grandiose, il fait doux, doucement le brouillard quitte mon esprit, mes pieds retrouvent leur équilibre et
la machine démarre gentiment.
Les kilomètres et les bosses s’enchaînent, je m’enfonce dans le vallon de Tré les Eaux, monte sous le col, je rattrape un couple, deux mots, croise trois gaillards, deux, trois plaisanteries.
Le col des Corbeaux arrive vite, vue sur le lac et le Cheval Blanc, je croise un couple qui me rassure, pas trop de neige sur le sommet, une chaine pour passer un pas délicat, mais rien de bien
méchant, je laisse donc les dinosaures pour le retour et tire sur le Cheval Blanc.
Casse-croute au pied, il est 13h00 et j’avale les 300m qui me sépare du sommet aussi vite que mon sandwich, content, les jambes sont en forme et le bonhomme est enfin réveillé !
Le sommet est tout plat, le Buet dans la brume est à
portée de main, un type est sur le sentier, je trace, le suis, le rattrape bien vite, un ancien, suisse, bien cool, parti pour deux jours, mais un peu comme moi, au feeling, sans but réel, on
jette un œil sur la carte et on décide de faire un bout ensemble.
« Ancien, suisse, bien cool », comme j’ai dit, du coup, ça ne marche pas bien vite, on fait le point tous les deux cent mètres, mais bon, je ne me vois pas le poser là comme ça, je reste encore un bout avec lui.
On prend le brouillard juste où il ne faillait pas, plus de sentier, pas de balise et très peu de cairns. On doit rejoindre la crête des Eves, je suis un vague
sentier, quelques traces dans la neige et on se retrouve sur un plat, le col ?
Deux gouilles sur notre gauche au bord du chemin, une balise un peu plus loin, on ne voit plus rien, on tire à l’instinct et on arrive sur des falaises, oups, loupé, un peu plus gauche, encore
des falaises et enfin une autre balise, un semblant de chemin, c’est reparti, quelques pas… et deux gouilles sur notre droite !
Ah là, on n’est pas bien, c’est les mêmes que tout à l’heure, c’était la même balise, on a tourné en rond, c’est la première fois que ça m’arrive, ça fait un peu flipper…
Adieu le Buet, la sagesse nous conseille de revenir sur nos pas, tant que l’on est sur le bon chemin.
Et comme une journée qui commence mal ne peut pas se finir mal, le soleil se pointe, le brouillard se crève et le col apparait, 50m au-dessus de nous.
Je vois la crête du Buet, je ne me pose pas plus de questions que ça, je trace, mon suisse, en bon suisse, est toujours dans ses cartes et pas très rassuré, il préfère faire demi-tour, je
continus seul.
Le col est noir, sous des langues de brume et la
crête, impressionnante, je m’avance lentement.
Et puis mince, je suis quand même monté là pour ça, alors c’est parti, j’escalade dans les câbles, marche sur le dôme et enfin le sommet, trop content, même pas souffert, pas trop de
fatigue, 2300D+, 6h30 de montée et bien serein tout là-haut, à ma place !
S’en suit une bien longue descente, un peu d’orientation dans les blocs de granite, le refuge, une longue, longue marche de retour, les pieds qui chauffent, la lassitude qui gagne et je pose
enfin les pompes, assis dans mon coffre, content de ma journée, 9h30 de marche, 23Km de quiétude et de beauté.
Un tour magnifique, à refaire... avec vous !
Marsu :)
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